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Nouvelles, petits textes - Page 2

  • Les oiseaux chantent pour tout le monde

    Des situations du quotidien sur lesquelles l'auteure s'arrête, qu'elle nous invite à partager ; ce quotidien parfois amer, parfois tendre, une réalité aux mille facettes. Ses personnages sont malmenés par l'existence, bousculés, et ne laissent pas indifférent. Sylvie , l'auteure, est une fine observatrice, aucun détail ne lui échappe. J'aurai appris que l'art de manier le goupillon dans une cérémonie peut revêtir de multiples variantes, et aussi comment les outils du garage se sont multipliés sans crier gare !

     

    Les oiseaux chantent pour tout le monde, recueil de nouvelles de Sylvie Sansous aux éditions Persée ; ISBN 978-2-8231-0080-8 ; 102 pages ; 11,50 euros.

  • De Livres en îles

    Si comme Isabelle Guyon vous souffrez d'une addiction à la lecture, alors laissez-vous emporter dans l'univers de vos livres de jeunesse avec "De Livres en îles". De son chapeau de magicienne, l'auteure fait surgir "le club des cinq", fantomette", les collections rouge et or, "pigeon vole" et bien d'autres.

    J'ai une question : s'est elle finalement laissé enfermer dans le rayon des livres du grand magasin, comme le héros de l'un de ces récits ?

     

    Si vous souhaitez prolonger vos lectures, lisez la dernière page, vous y trouverez un conseil avisé sur les dernières pages !

     

    De Livres en îles d'Isabelle Guyon, récit publié chez l'Harmattan, ISBN 978-2-296-96738-0 ; 17 euros

  • La Madone aux escarpins

    De "La Madone aux escarpins", j'ai aimé la Madone, tour à tour sensuelle, fragile, flamboyante, criminelle ; j'ai aussi vibré pour les escarpins esseulés, nostalgiques, déchirés, abîmés.

    Avec ce sens de la formule qui lui permet de si bien marier les mots, Jean Gennaro fait évoluer ses personnages tels des porcelaines fragiles dont les fissures craquellent insidieusement le vernis.

     

    La Madone aux escarpins de Jean Gennaro, recueil de nouvelles publié chez Kirographaires ; ISBN 978-2-8225-0316-7 ; 18,45 euros

    www.edkiro.fr

  • Une femme

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    Voici un petit texte écrit alors que mon trajet quotidien me faisait croiser cette femme énigmatique...

     

     

    Une femme

    Un jardin ; une chaise ; un grillage ; la rue : chaque soir, je traverse ce décor de théâtre.

    Une femme est assise sur la chaise. Quelquefois. Actrice ou spectatrice ?

    Décor dépouillé de banlieue monotone. Petits pavillons alignés en jeu de quilles.

    Ma voiture ralentit pour franchir un dos d’âne. J’essaie d’accrocher le regard de cette femme.

    Cheveux lisses, pantalon gris, pull jaune pâle, regard vide. Elle regarde fixement devant, tout droit.

    A quoi bon ? Je ne fais que traverser sa scène, entre le grillage et l’infini. Le menton appuyé sur ses mains ouvertes, les coudes sur les genoux, la pointe de ses pieds calée contre les pieds de la chaise, elle fixe son univers intérieur. Rien ni personne ne peut l’en détourner. Ni le soleil tiède de la fin de la journée, ni les voitures, ni les oiseaux piaillant dans les buissons du jardin.

    Elle voyage dans son imaginaire ; elle est à mille lieues, loin des soucis, loin du bruit, loin des passions qui nous déchirent.

    Elle a sa propre horloge, son calendrier, son métronome.

    Pourtant chaque soir, je tente. J’aimerais surprendre une lueur dans ses yeux insondables.

    La scène est trop étroite. Derrière son grillage vert, elle aspire à un espace infini. Ses yeux ont aspiré l’éternité, et leur lumière y a été engloutie comme dans un trou noir.

    Sa silhouette énigmatique me poursuit dans le soir.

  • Il m'énerve

    La cohabitation sur la route n’est pas naturellement pacifique, en voici un témoignage.

    Il m’énerve !

    Il m’énerve ; ah, ce qu’il m’énerve ! Toutes les trois secondes, je surveille dans le rétroviseur intérieur, non pas pour respecter le « guide du parfait conducteur modèle », mais parce que je redoute de l’apercevoir. Chaque matin, c’est le même film qui passe en boucle dans le rétroviseur intérieur, puis dans celui de droite, une sorte de vidéo cauchemar où le personnage principal finit par s’échapper pour apparaître en chair et en os devant vous.

    Mais, que je suis bête, comme s’il me faisait peur !  Est-ce qu’on a peur d’un être ridicule, un crapaud perché sur une boîte d’allumettes, une chouette hulotte aux yeux globuleux ahuris derrière des lunettes de première de la classe ; est-ce qu’un calamar pâle et mou vous effraie ? Tout au plus vous inspire-t-il un certain dégoût, voire un sentiment de pitié : « la nature ne l’a pas gâté ! ».

    Mais il m’énerve quand même, ce cycliste impudent, qui se permet de me rattraper, et même, audace suprême, de me doubler ; il profite de chaque feu rouge, le rusé. J’ai beau appuyer sur l’accélérateur pour le distancer, il revient toujours et encore. S’il était essoufflé, fatigué, passe encore. Mais, non. Il n’a qu’à pédaler à son rythme, il sait que quoiqu’il se produise, il arrivera à ma hauteur sans risquer l’infarctus. La supériorité de l’automobile en prend un coup.

    Il m’énerve, quand même ! Tiens, je vais le coincer ! Au prochain feu, dès qu’il fera mine de se rapprocher, je vais l’empêcher de passer ; je me placerai le plus près possible de la bordure du trottoir, il sera bien obligé de s’arrêter DERRIERE.

    Et alors, qu’a-t-il fait ? Eh bien, il est passé quand même, à gauche, et en rouspétant encore ! Il a lancé ses bras et ses jambes dans tous les sens pour écarter les voitures, s’est faufilé, est repassé côté trottoir, a mis un instant les pieds par terre, a proféré des invectives à demi compréhensibles. Bref, il a encore gagné ! Oui, je sais, ce n’est pas une course, mais il m’énerve, il m’énerve !

    Aujourd’hui, il pleut. Il va être moins fier, notre cycliste. Il a peut-être renoncé. Je vais être tranquille, enfin. Entre automobilistes, c’est quand même plus « normal » ; on est entre gens de mauvaise compagnie, certes, mais au moins, on est tous logés à la –presque- même enseigne. Les règles du jeu sont claires.

    Il est là pourtant, il l’a fait exprès, rien que pour m’énerver, j’en suis persuadée. Il a tout prévu, le ciré, la capuche, la combinaison . Il n’y a guère que les lunettes qui « pêchent », les grosses gouttelettes s’accrochent aux verres épais. Je l’imagine dans le flou absolu et l’humidité ruisselante. Les gouttes d’eau glissent et parviennent à pénétrer, même avec les protections ; ça s’infiltre sournoisement dans le cou, dans les chaussures ; ça fait des petits ruisseaux, dont certains se tarissent en rencontrant un tissu qu’ils imbibent ; d’autres parviennent plus loin, se mêlant à la sueur, descendent jusqu’à la taille ; ça colle, ça poisse, on se sent moite et sale. Les vêtements se mettent à coller à même la peau, deviennent presque transparents, quelle horreur ! On ne sait plus où se mettre, on a l’impression que toutes les formes, tous les défauts sont offerts sans aucune pudeur à tous les regards. Tant pis pour lui, il n’avait qu’à ne pas venir me narguer, un jour de pluie, le perfide. Mais non, il est parfaitement à l’aise. J’aurais dû m’en douter, un calamar mouillé, un crapaud à l’eau, quoi de plus normal ?

    Enfin, j’arrive au dernier feu ; après, nos routes se séparent. Enfin, ne plus l’avoir en ligne de mire ou dans le rétroviseur, l’insecte laborieux sur son pédalier. C’est qu’il me gêne, en plus : il faut bien faire attention à ne pas le renverser ; lorsque je redémarre, il faut le doubler, et pour le doubler, il faut s’écarter un peu, je n’ai pas envie de le traîner au boulot accroché à ma portière ! Et les autres automobilistes, sur la voie de gauche, ils s’en moquent du cycliste ! Alors, en plus, je risque de me voir arracher mon rétroviseur, celui de gauche, rien que pour laisser à Monsieur un espace suffisant !  Et au feu suivant, comme vous l’avez deviné, il me rattrape, et tout le travail est à recommencer !

    Vous comprenez maintenant pourquoi il m’énerve ?



    Enfin, j’ai quand même ma petite revanche : lorsque je tourne à droite au dernier feu, nos routes se séparent. Ouf, il continue tout droit ; et même s’il se mettait tout à coup à vouloir me suivre (on ne sait jamais avec ces énergumènes), il en serait pour ses frais : à moins d’avoir des mollets de légionnaire, impossible de grimper la côte. La victoire finale revient quand même à l’automobiliste.

    Je m’enfonce douillettement dans mon siège, je pousse un peu le chauffage ; comme on est bien !